François Tarka a été embauché à 15 ans à la mine. Il a passé vingt-cinq ans au fond. Âgé de 70 ans aujourd'hui, il a reconstruit une galerie dans la cave de sa demeure de Vred.
PAR FLORENCE CERBAÏ
douai@lavoixdunord.fr PHOTO EMILIE DENIS
« Quartier Hugo », l'affichette surplombe une volée de marches qui s'enfoncent sous terre. Dans le salon impeccable de sa maison, François Tarka vient d'ouvrir la porte qui mène à sa cave. « Hugo, c'est mon petit fils, mort de leucémie à 3 ans et demi. Quand il venait ici, il me demandait toujours de l'emmener dans ma mine », explique l'ancien mineur.
Les escaliers sont étroits, éclairés par la flamme de deux lampes à pétrole et par le faisceau d'une lampe frontale placée sur le mur. François Tarka pousse un interrupteur et un brouhaha de voix que l'on distingue mal s'élève dans la galerie : « Ce sont des mineurs qui parlent via le téléphone du fond, j'étais chef porion alors, et je me renseignais sur l'avancée des travaux. » François Tarka écoute avec attention la bande : « Celui qui parle est mort en 1987. » Sur les murs s'affichent des photos de gueules noires. Images découpées dans des journaux, ou scannées photos souvenirs pieusement conservées. Sur les parois, des cailloux, des remblais : François Tarka est allé les chercher sur le terril. Dans une petite alcôve, une statue de sainte Barbe, la patronne des mineurs « J'ai mis six mois à la restaurer, quand je l'ai installée ici, un prêtre est venu la bénir. » Toute sa carrière, François Tarka l'a faite aux Houillères du Nord - Pas-de-Calais : « Mon père était maître rocheur à Bruay-en-Artois.
Silicosé, mais non reconnu, il ne voulait pas que je travaille à la mine. Il n'y avait pas d'argent à la maison, alors j'ai tout de même cherché l'embauche.
» Galibot à 15 ans, mineur à 19, porion de quartier à 29 ans, sous chef d'exploitation à 37, François Tarka a gravi un à un les échelons des Houillères.
« La mine était comme ma maison, j'aimais que tout y soit en ordre », rappelle cet employé modèle. À la fin de sa carrière, il travaille à la direction du personnel. Ses 45 % de silicose, lui interdisent de redescendre au fond.
C'est après la mort de sa femme que François Tarka a commencé à faire entrer la mine chez lui. « Quand j'ai appris que mon épouse était condamnée, j'ai eu une attaque qui m'a paralysé le bras. J'ai commencé cette galerie avec un bras et mes dents pour m'aider ! » Dans sa mine patiemment reconstituée, trois fils à plomb indiquent la direction de creusement. « À 16 ans, j'étais aide géomètre, mon maître me montrait les galeries qu'avaient faites mon père », dit-il. Des souvenirs de galeries qui se transmettent de génération en génération.
Avec la fermeture des puits, l'histoire s'arrête ici. Reste cette mine, sa mine. Un monde miniature, une galerie ou rien ne manque, ni les pioches, les marteaux-piqueurs, la cloche, l'aération et le téléphone du fond, ni surtout les photos des copains.
Quelques mètres carrés qu'il offre à ses trois petits-enfants. Pour qu'ils comprennent comment il a pu aimer un métier aussi dur. •
Visite de la galerie : prendre rendez-vous avec François Tarka, &03 27 89 43 99.
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